Dane Mitchell (*1976)

La création de Dane Mitchell s’inscrit dans la tradition de l’art conceptuel, qui se sent au service d’un art sans œuvre. Pour lui néanmoins, il s'agit moins de la priorité de l’idée sur l’œuvre que de quelque chose de tout à fait fondamental: à savoir, explorer l’essence même de l’art. Avec ses installations, l’artiste essaie de cerner le contraste entre minimalisme et mystique des arcanes de l’art – et il obtient en cela des résultats très efficaces.

L’œuvre Entheogen Venn est née à la suite d’une étude sur le sommeil, les rêves et les hallucinations. Deux grands anneaux en laiton se chevauchant à un endroit sont adossés à un mur. L’un des deux porte l’inscription «Schlafen» (dormir), l’autre «Wachsein» (être éveillé). un diagramme logique, du nom du mathématicien anglais John Venn, qui permet d’illustrer toutes les relations possibles entre des ensembles: par exemple en tant qu’intersection (quand l’analytique et le paradoxal se rencontrent). Dane Mitchell appelle «delirium» et «dissociation» deux formes essentielles d'art et de créativité qui, toutes deux, constituent une divergence à la norme. Au-delà d’une maladie pernicieuse, une affabulation délirante survenant dans le cadre d’une crise temporaire peut s’avérer être source de créativité et de forces débordantes Une divagation dissociative désigne une aptitude au détachement de la réalité, condition préalable nécessaire à la créativité. Avec cette œuvre, Dane Mitchell nous dit que l'art ou la créativité se produisent toujours dans un «entre-deux», à la limite entre la folie et le bon sens. La folie productive guette au milieu de la raison esthétique et n’en est en aucun cas seulement «l’autre face». C’est dans cet «entre-deux» que se concentrent notamment le non-rationnel, l’émotionnel et finalement le spirituel. L’art nous permet justement de vivre plus de choses que nous ne sommes en mesure de le saisir intellectuellement. Ce «plus» en expérience rend l’art supérieur à la science.

Dane Mitchell crée des espaces artistiques empiriques où des éléments d’alchimie, de chamanisme, de sorcellerie et d’hypnothérapie repoussent les frontières de nos attentes en matière d’art. Avec sa création, dit l’artiste dans une interview, il veut «sonder des espaces de possibilités et s’approcher de l’inconnu, associer la science à des phénomènes non scientifiques».

 

Dane Mitchell est né en 1976 à Auckland (NZL), où il vit et travaille.

Domaines d’activités: installation, sculpture

Site internet de Dane Mitchell

“Artworks might be understood as transmitters of signals, which, either deliberately or accidentally might “help us on our way". The idea of art operating as a signal comes from George Kubler’s 1962 text The Shape of Time, Remarks on the History of Things, in which he makes the suggestion that astronomers and those who might think about art have several things in common: both are concerned with appearances noted in the present but occurring in the past, as in the way light takes millions of years to reach earth, and in the way artworks we view in the present are rendered in the past. He goes on to suggest that both astronomers and art viewers collect ancient ‘signals’ which might help us on our way — from objects and starlight alike. Kubler also suggests that astronomers and art viewers are further alike if we consider the analogies between stars and works of art in that as when a star dies and its light goes out, the gravitational effect of the missing star is still felt on the celestial bodies within its gravitational reaches, so too is it when an artwork is gone (destroyed, lost, or perhaps sold) we can still detect its perturbations upon other bodies in the field of influence.”



(«Les œuvres d’art peuvent être comprises comme des vecteurs de signaux qui peuvent soit intentionnellement, soit accidentellement, nous «aider à nous mettre sur les rails». L’idée de l’art agissant comme un signal vient du texte publié par George Kubler en 1962 «Formes du temps. Remarques sur l’histoire des choses» dans lequel il affirme que les astronomes et ceux qui se posent des questions sur l’art ont quelques points communs: les deux se préoccupent d’apparitions que l’on remarque dans le présent, mais qui ont eu lieu dans le passé, telle la lumière qui met des millions d’années à atteindre la terre, telles les œuvres d’art que nous regardons dans le présent et qui ont été créées dans le passé. Il explique plus loin que les astronomes tout comme les regardeurs d’art collectent de vieux «signaux» - aussi bien des objets que de la lumière stellaire - qui pourraient nous aider à trouver notre voie. Kubler indique également que les astronomes et les regardeurs d’art se ressemblent encore plus si nous tenons compte des analogies entre les étoiles et les œuvres d’art: quand une étoile meurt et que sa lumière s’éteint, l’effet de gravitation de l’étoile manquante sur les corps célestes est toujours perceptible au sein de son champ gravitationnel, ou encore si une œuvre d’art n’est plus là (que ce soit par destruction, perte ou encore vente), nous pouvons toujours percevoir son impact sur d’autres corps dans la zone d’influence.»)



voir aussi

Œuvres de Dane Mitchell

©  Dane Mitchell, Aotearoa/New Zealand
Dane Mitchell

Etheogen Venn